Cololo: Le Pic rêvé des montagnards !

Publié le par Vincent

 

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Déjà que le sommeil est léger en altitude, il est en plus extrêmement court lors des nuits d’ascensions… 3 petites heures de sommeil seulement avant de s’attaquer au Cololo ou aussi appelé Anta Kwaja. Un sommet que tous les amoureux de la Haute Montagne rêvent de gravir. Une ultime paroi magnifique, raide sur 150m, à 75° d’inclinaison, pour atteindre un pic en forme de cône semblable aux Annapurna. Dans un froid glacial, de nuit, les regards orientés vers le sol, telles des machines, sans vraiment réfléchir, nous avancions ensemble, pas à pas.

La nuit était étoilée, nous pouvions bien observer l’étendue du massif : à son extrême droite, le pic monstrueux formant le sommet, au milieu un énorme plateau glaciaire avec un autre pic et à son extrême gauche un dernier pic. Nous avions décidé de ne faire que le sommet principal et de redescendre par le même chemin. C’était plus raisonnable.

 

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Durant ces instants, où la possibilité de puiser de l’énergie dans la beauté des paysages qui entourent est impossible, nous nous devions d’occuper nos esprits afin d’oublier la douleur, la fatigue et même parfois la peur…

 

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Passage d´un premier passage technique de nuit...

 

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Petite pause au lever du jour

 

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Le Huanacuni, la prochaine ascension

 

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La montée sur le glacier était assez tranquille. Les pentes étaient douces pour démarrer. Elles devinrent alors plus fortes et nous dûmes passer deux belles crevasses un peu techniques.

 

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Un plateau glaciaire somptueux...

 

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Anne & Julio en marche vers le sommet

 

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Le "Monstre" du Cololo

 

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Quelques pénitants ralentissant la progression sur le glacier

 

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Le cône final se rapproche...

 

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Ignacio profitant des rayons du soleil avant d´attaquer à la paroi verticale

 

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Ignacio, Jvenal, Rolando progressant dans les pénitants

 

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Hugo, mon partenaire de cordée pour cette ascension

 

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Une face de 150m de 75ª d´inclinaison pour atteindre les 5925m d´altitude !

 

Cette peur qui s’est emparée de moi, Vincent, néo andiniste sans expérience de haute montagne, pour la première fois sur cette ultime partie du Cololo.

Dans un décor magique, où les sommets commençaient progressivement à recevoir les premiers rayons orangés du soleil, nous avancions sans grande difficulté jusqu’à l’arrivée de la fameuse dernière partie. Une immense paroi raide se dressa alors face à nous. Orienté plein Ouest, nous étions alors totalement à l’ombre, dans un couloir de vent qui ne cessait de nous frigorifier.

Au bas de cette face, je ne m’étais pas rendu compte du défi qu’allait représenter ces derniers 150 mètres. Avec toujours la même motivation de capter des instants uniques que ce soit en photo ou vidéo, j’entamais la paroi avec mes petits gants pour être plus à l’aise avec le matériel photo et vidéo.

 

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Ce mur paraissait infranchissable. Incliné à 75° sur 150 mètres, il n’y avait pas d’autre alternative pour atteindre le fameux pic ! Les conditions extérieures n’étaient pas franchement avec nous… A l’ombre, totalement exposés au vent qui ne faiblissait pas, la température devait avoisiner les -15°c.

 

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Arrêtés pendant près d´une heure, totalement immobilisés, je n´avais alors plus aucune sensation dans mes mains... 

 

Au beau milieu de la pente, un décrochement d’une plaque provoquant un dévers au-dessus d’une crevasse allait rajouter de la difficulté.

Les uns derrière les autres, nous sommes restés bloqués pendant près d’une heure sur cette paroi dans des conditions polaires. Nolberto, au dessus de nous, tentait, aussi bien que possible, de dégager ce dévers. Plus bas, Ignacio criait pour l’encourager et lui dire de faire une marche dans la corniche « Vamosss Nolbé, Vamosssss!».

Seuls les 4 pointes de crampons et nos deux piolets nous permettaient de rester en équilibre sur ce mur. Faible physiquement, émoussé psychologiquement, je commençais sincèrement à me demander ce que je faisais là. Tout le monde observait les manipulations des premiers de cordées. A dix personnes, cela rallonge énormément le temps de progression. Je ne sentais plus mes mains. Elles étaient congelées. Je n’avais plus de sensation. Il m’était impossible de changer de gants pour prendre mes moufles qui m’auraient protégé du vent glacial.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, avec Anne, nous avons le syndrome de Raynaud, ce problème de circulation de sang dans les mains et les pieds, qui fait que même au bord d’une plage méditerranéenne par 35°c, nous pouvons avoir froid aux mains… Je vous laisse donc imaginer l’état de nos extrémités à 5900m d’altitude, par moins -15°c, en inactivité sur cette paroi…

 

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  Chacune à leur tour, les cordées en amont franchissaient ce passage délicat. Anne, sans aucune difficulté, passait comme une fleur. Le piolet gauche puis le piolet droit, le pied gauche puis le pied droit. A la regarder, cela paraissait presque « facile ».  L’expérience qu’elle avait accumulée au cours de ces quatre dernières années lui apportait une précision dans ses gestes et une confiance en elle impressionnante à ce moment précis.

De mon coté, avec comme seules expériences de haute montagne l’ascension du dôme des écrins il y a moins d’un an et les deux 6000m réalisés avant le départ, je ne bénéficiais pas de cette expertise primordiale dans ce type de conditions. Un an auparavant, je n’avais jamais tenu en main un piolet. « Du jour au lendemain », je me retrouvais photographe-réalisateur d’une expédition de 14 jours à plus de 5000m d’altitude… Une part d’insouciance avait dû s’emparer de moi lorsque j’ai proposé de faire un film sur cette Aventure…

   

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  Tenir des piolets et s’en servir quand on ne peut même pas plier les doigts n’est vraiment pas une mince affaire. Je me sentais à bout, à deux doigts de craquer moralement. Mais je n’avais pas le droit, je n’en avais pas la possibilité. C’est au pire moment que j’ai pris conscience que dans le cas de figure dans lequel nous étions, la Vie ne tenait à rien du tout. Qu’au moindre faux pas, notre existence pouvait s’envoler à jamais, avec celle de notre compagnon de cordée… Malgré tout, notre concentration se doit d’être à 100% focalisée sur l’action que nous faisons, sans quoi, tout se termine. La notion de vivre le moment présent, le fameux Carpe Diem si important à mes yeux, est alors à son paroxysme.

 

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L’arrivée au sommet fût mythique pour chacun d’entre nous. Epuisé psychologiquement, je craquas totalement une fois arrivé sur cette crête vertigineuse. Jamais, dans ma petite Vie, j’aurais pensé pouvoir vivre de tels moments et être capable de repousser aussi loin mes limites. Cette ascension restera un moment inoubliable dans ma jeune carrière d’Andiniste. Pendant cette heure d’attente interminable, j’eus le temps de remettre énormément de choses en question. Ai-je besoin de vivre de tels moments, aussi extrêmes, pour me sentir vivant ?Une question encore sans réponse !

 

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 Là-haut, à 5925m, nous prîmes le temps de reprendre nos esprits, profiter d’un panorama à 360° époustouflant. Cet énorme plateau à nos pieds, des pics somptueux devant nous qui s’étendaient jusqu’au Chaupi Orco, notre objectif final. Nous voyions aussi parfaitement la splendide traversée et les deux pics que nous avions faits deux jours plus tôt. Le temps était avec nous !

 

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