L'Ultime ascension: Le Chaupi Orco 6070m

Publié le par Vincent

 

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Au bout de 10 jours, les automatismes sont pris... Préparation des sandwich en prenant le petit déjeuner à 23h... Normal !

 

Pour cette ultime ascension et possible traversée, le réveil sonna à 23h. Une première pour moi ! La fatigue des 10 jours précédents était palpable. Le campement se mettait en route au ralenti. On se croyait tous assez proche du glacier mais il nous fallut marcher longtemps… Passer un col, longer les séracs, avant de pouvoir chausser les crampons. Cette nuit là, la météo était dégagée. Un vent glacial soufflait légèrement, cela ne laissait présager rien de bon pour les températures sur le glacier.

 

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          C'est à 00h cette fois ci que entamions notre dernière ascension..

La progression sur le glacier se faisait bien. La neige et les étoiles brillaient. Avec la lumière de la lune, nous n’avions pratiquement pas besoin de nos frontales pour marcher. Nous pouvions observer le premier pic, le pic Nord, la première étape de cette ascension.

  

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Sur un grand plateau, nous fîmes une pause où je constatais que je n’étais pas le seul à souffrir du froid. Tout le monde était frigorifié. La température extérieure était de -13°c. J’ajoutais mon ultime couche pour tenter de me réchauffer. Avec 6 couches de vêtements techniques, le vent transperçait les doudounes et cette fois-ci, ce n’étaient pas que mes mains qui souffraient, mais mon corps tout entier. Anne, envahie par le doute, commença à en parler avec Sergio. A notre grande surprise, nous n’étions pas les 2 seuls à souffrir. Tout le monde était fatigué. La décision de faire la traversée se ferait à l’arrivée du pic Nord en fonction de l’état physique de l’équipe.

 

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Après une marche glaciaire sans aucune difficulté, nous arrivâmes avec Julio sur des arrêtes très très exposées… De part et d’autre, le vide. Des parois verticales sans fin. Le vent continuait à souffler toujours aussi fort et je remarquais que nous n’étions pas près de sortir de ce passage délicat. Doucement, très doucement, nous avancions tous les deux, dans le noir, alors que les autres cordées prenaient de l’avance sur nous. Je n’étais pas rassuré. Je repensais à une discussion que j’avais eue la veille avec Sergio sur l’importance de l’expérience en haute montagne. Cette expérience que je n’avais pas. Cette expérience que j’étais entrain de construire. Est-ce que c’était le bon moment ?!

Je tentais de m’appliquer, de suivre à la lettre les consignes de Julio. La glace était dure, très dure. Je n’arrivais pas à bien « cramponner ». Mes mains étaient gelées. J’avais peur. Julio le sentait… Ce sont dans ces moments là où, encore une fois, notre esprit se doit d’être totalement focalisé sur les gestes que nous effectuons, sur la manière dont nous posons le pied sur le sol. Je n’étais pas dedans. Je pensais à Julio, à ses enfants, à sa famille. Pourquoi ? Sa vie était liée à la mienne… Au moindre faux pas de ma part, avec toutes les grandes qualités de ce guide de haute montagne, sur cette paroi verticale, c’était fini pour nous deux…

C’était sans doute la nuit la plus froide que nous avions vécue jusqu’alors. Anne, stressée par le défi qu’avaient mis en place les guides, se demandait si elle aurait la force de marcher 24 heures…

 

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Julio, mon partenaire de cordée qui aura ouvert la voie dans une couche de poudreuse de 70cm de profondeur...

Parfait pour du ski mais tout simplement horrible en ascensions..

Après avoir réalisé une première traversée, je parlais à Julio de mon état d’esprit. Je ne me sentais pas capable de poursuivre sur ces arrêtes vertigineuses… Nous décidâmes alors avec Julio de prendre le mur qui se dressait face à nous pour atteindre le sommet !... Logique…

 

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C’est dans une poudreuse extrêmement légère, extrêmement profonde que Julio faisait la trace devant moi. Nous redoublions d’effort pour continuer à grimper et atteindre ce dernier sommet. Pas une seule fois dans ma tête, je n’ai pensé abandonner. Une fois de plus, ce sont dans ces moments que l’on apprend à se connaître et que j’ai observé avec stupeur cette force mentale que je ne soupçonnais même pas.

Dans une neige comme celle-ci, vous montez vos pieds de 30 cm et une fois posés au sol, vous redescendez de 15 cm… Interminable.

Après avoir passé plusieurs petites parois techniques, nous étions à 50 mètres du chemin qu’avaient tracé les premières cordées. Julio, devant moi, continuait tant bien que mal à faire la trace. J’étais à bout… Le sommet était encore tellement loin que je me demandais comment j’allais pouvoir trouver l’énergie pour atteindre cette dernière cime, 4ème 6000 du mois pour moi…

Alors que tous les 3 mètres nous nous arrêtions pour reprendre notre souffle, un énormément bruit de craquement raisonna. Julio s’arrêta. Je levais la tête, et juste au-dessus de moi, une fissure venait d’être provoquée par nos pas. Elle faisait toute la largeur de la paroi sur laquelle nous étions. La première chose qui me vînt en tête à ce moment là fût : « Je veux vivre ! ». Julio se retourna vers moi et m’informa que nous allions tenter de passer au-dessus de cette fissure avant de sortir de la plaque qui venait de décrocher. Pas de problème mon pote, c’est parti. Alors que 2 minutes plus tôt, je n’avais plus la force d’enchaîner les pas, je retrouvais à cet instant une force impressionnante. En quelques secondes, nous sortîmes de ce passage délicat et nous arrivâmes sur les traces de nos collègues. Soulagement… Une fois de plus, je me rendis compte de la force de la nature. Malgré tous les efforts de sécurité que nous nous imposions, chaque jour, chaque minute, si à un moment la Montagne en décide autrement, c’est fini.

 

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Il ne nous restait plus qu’un grand dôme à gravir pour rejoindre toute l’équipe qui était déjà au sommet. Sur cette ascension, j’avais accusé le coup et nous étions loin derrière les autres cordées.

En 30 minutes, avec Julio, nous atteignîmes le pic Nord du Chaupi Orco à 6071m d’altitude, 8 heures 30 après avoir quitté le camp !...

Une fois nos esprits repris, le reste de l’équipe nous informait qu’ils avaient décidé de renoncer à la traversée initialement prévue. Tout le monde était à bout.

 

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Arrivée au sommet avec le sourrire mais épuisés !

 

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      Toute la chaine de montagne qu'en 10 jours nous aurons traversé par les plus hauts sommets

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Le pic sud du Chaupi Orco que finalement nous tenterons même pas tellement la fatigue était présente...! 9000 de dénivelés positifs en 10 jours de marche, cela suffit peut être !

 

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C’est ensemble à 10, que nous rejoignîmes le campement en 5 heures. Nous l’avions fait ! Alors que pour beaucoup ce défi physique et humain paraissait inenvisageable voire impossible, nous venions d’ouvrir une nouvelle voix dans la cordillère Apolobamba en réalisant 5 ascensions en 12 jours !...

 

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Un vent glacial nous empêcha de rester au sommet pour nous reposer, c'est au pied du dernier dôme que l'on s'arrêta pour reprendre nos esprits !

 

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           Le dernier dôme qui fut gravit pour moi en 30 minutes quand même ! 6071m d'altitude au sommet, 4ème 6000 en moins d'un mois !

 

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Toute l'équipe heureuse et fière d'avoir accompli cette première dans la cordillère Apolobamba !

L’heure était alors à la prise de conscience de ce que nous venions de réaliser tous ensemble ! Partis à 12, nous revenions à 12, épuisés certes, mais tellement heureux d’avoir atteint nos objectifs !

Une expédition qui aura clairement changé ma vision de la montagne. Une expérience qui m’aura appris beaucoup sur les risques liés à la haute montagne, mais qui m’aura permis d’en apprendre encore plus sur moi. Je pense qu’il me faudra un petit temps avant de repartir en Montagne… le temps de digérer une expérience pour laquelle peu de personnes croyaient totalement en moi !...

 

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L'immensité d'un fabuleux glacier

 

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